Le Pré de Madame Carle
Situé à l'extrémité amont du vallon de Saint-Pierre et au bout de la route carrossable, à vue ou presque du Glacier Noir et du Glacier Blanc, le Pré de Madame Carle est l'un des joyaux touristiques de la Vallouise, du massif et du Parc national des Écrins.
Le nom pourtant ne manque pas de soulever quantité d'interrogations !
D'abord, il ne s'agit pas d'un pré, mais d'une zone de divagation caillouteuse du Torrent de Saint-Pierre, que parcourent ses différents bras au gré de leurs débordements. Seul un bosquet de mélèzes a réussi à se développer au bout de la route à l'abri de l'ancienne moraine frontale du Glacier Noir. Ajouter à ce bosquet quelques vernes en bordure de la zone de divagation, et on aura fait le tour de la verdure du secteur, où le minéral donc prédomine.
Ensuite, qui est cette Madame Carle qui a réussi à donner son nom à un lieu inculte d'une façon tout à fait atypique en montagne ?
En fait, il faut remonter au début du XVIe siècle, 500 ans en arrière donc, pour trouver la réponse à ces deux interrogations. Le climat alors était plus chaud que maintenant avec des glaciers extrêmement réduits. Glacier Noir et Glacier Blanc ne devaient pas sortir de leurs plateaux supérieurs. Les chroniques de Chamonix, par exemple, indiquent que l'emplacement actuel de la Mer de Glace était une zone d'alpage. Les chroniques de la Vallouise, elles, indiquent que le Pré existait bel et bien, là où, maintenant, il n'y a que des cailloux. C'était une belle prairie d'alpage qui faisait partie des biens* donnés en 1505 par le Roi Louis XII à Geoffroy Carle, Président du Parlement du Dauphiné. À la mort de Geoffroy Carle, sa femme administra ses biens et donna ainsi son nom à cette partie de ses propriétés. Le lieu était même habité au Moyen Âge.